
Il y a quelques années, une grande compagnie pétrolière annonçait fièrement devenir “neutre en carbone dès 2030”. Dans la foulée, des ONG et des journalistes ont démonté son argumentaire : la quasi-totalité de ses efforts reposait sur l’achat massif de crédits carbone, sans véritable réduction d’émissions à la source. Résultat : une réputation entachée, des clients et investisseurs plus méfiants que jamais.
À l’inverse, un groupe agroalimentaire français a communiqué en toute transparence : un plan aligné sur les recommandations scientifiques, des chiffres publiés, un engagement clair à réduire ses émissions de –50 % d’ici 2030. Résultat : un regain de confiance de la part des consommateurs et un attrait renforcé pour les talents.
La leçon est claire : un plan de transition climatique peut être votre meilleur allié… ou votre pire ennemi s’il verse dans le greenwashing.
Dans cet article, découvrez comment bâtir une stratégie Net Zéro crédible, inspirée de la science, avec des exemples concrets de bonnes pratiques et de faux pas.
Un plan climat ne se résume pas à un joli document PDF : c’est une feuille de route basée sur des objectifs chiffrés, datés et alignés sur la science.
Cela signifie :
Selon l’Accord de Paris (2015), la température mondiale doit rester bien en dessous de +2 °C, avec un objectif de +1,5 °C pour éviter les impacts climatiques les plus graves (source officielle UNFCCC).
Le GIEC, dans son rapport spécial 1,5 °C (IPCC SR15), précise que cela implique :
Pour une entreprise, cela veut dire : intégrer le scope 3 (émissions de la chaîne de valeur, souvent 70 à 90 % du total), se fixer des cibles validées scientifiquement via des dispositifs comme la Science-Based Targets initiative (SBTi), et surtout publier des résultats vérifiables.
Le greenwashing n’est pas réservé aux grands groupes. Il suffit d’une formulation ambiguë ou d’une communication disproportionnée par rapport aux actions réelles.
En 2022, plusieurs compagnies aériennes ont été épinglées par l’ONG Transport & Environment pour avoir promis une neutralité carbone immédiate grâce à la compensation. Leur plan de réduction des émissions opérationnelles était quasi inexistant, tandis que la totalité des efforts reposait sur l’achat de crédits carbone forestiers. Verdict : accusations publiques de greenwashing, perte de crédibilité et renforcement de la réglementation européenne.
Une grande enseigne de fast fashion a lancé une collection “écologique” en vantant un impact réduit grâce au recyclage. Mais une enquête journalistique a montré que la majorité des produits étaient fabriqués à partir de polyester vierge et que l’ensemble des émissions de production et transport n’était pas publié. Résultat : plainte pour pratiques commerciales trompeuses dans plusieurs pays.
Exemple positif : un groupe agroalimentaire français publie un bilan carbone complet (scope 1, 2 et 3) sur son site, avec une mise à jour annuelle, auditée par un cabinet tiers. Cela inspire confiance et attire les investisseurs responsables.
Exemple positif : une grande banque européenne a fait valider ses trajectoires d’émissions par la SBTi, avec un objectif clair : –50 % d’émissions de portefeuille d’ici 2030 et une neutralité carbone à horizon 2050.
La compensation carbone n’est pas interdite, mais elle doit être marginale et réservée aux émissions résiduelles. Une entreprise qui compense massivement sans agir sur sa production ou sa logistique sera soupçonnée de greenwashing.
Un audit externe apporte une caution essentielle. De nombreuses entreprises du CAC40 ont désormais un comité climat interne et un auditeur externe sur leur stratégie bas carbone.
Un discours honnête inclut les limites du plan, les difficultés rencontrées et les marges de progrès.
Carbone 4 a défini 10 principes incontournables pour une stratégie climat ambitieuse et crédible. Parmi eux :
Un plan de transition climatique crédible n’est pas qu’un document marketing : c’est un engagement profond et vérifiable, aligné avec la science et compris par les parties prenantes. Les entreprises qui assument cette exigence gagnent la confiance des consommateurs, des investisseurs et des talents. Celles qui optent pour le greenwashing s’exposent, tôt ou tard, à un retour de bâton médiatique et réglementaire.
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